Vaihuti Fresh

Départ pour Raiatea le dimanche 11 février en fin de journée. On quitte avec un pincement au coeur notre hôte qui nous a déposé à l’aéroport. Il fait toujours aussi moche, mais le tableau d’affichage nous redonne le sourire : destination Bora Bora, stop à Raiatea.

Un vol rapide avec vue sur lagon, ça passe vite. On arrive à 18h30, et la pluie nous a malheureusement suivie. Deux options s’offrent à nous pour ce soir : se rendre vers Uturoa à l’hôtel Hinano (8 000 francs la chambre double soit environ 68 euros) ou se lancer dans le stop pour rejoindre la ferme. Il pleut, il va faire nuit, mais on est des fous on tente l’option stop. D’une part parce qu’on est des aventuriers, et aussi parce que dépenser ce prix pour une chambre, ça nous fait mal.

Il faut savoir que sur les îles, il n’y a pas vraiment d’adresse. Ici, on se repére au kilomètrage depuis la ville. Nous on va à PK32 côte ouest. C’est pas la porte à côté, mais rapidement une voiture s’arrête. C’est Maryse qui nous prend en stop, et qui est ok pour nous emmener jusqu’à PK11, jusqu’à la maison de Thierry, l’un des propriétaires de la ferme.

Il pleut toujours autant, on a du mal à se visualiser l’île avec ces conditions. On arrive à joindre Paul, un des autres propriétaires, qui dit nous attendre chez lui, juste à côté de chez Thierry. En fait, PK32, c’est encore à 45 minutes de voiture de là, et le chemin jusqu’à la ferme est assez épique. On passe donc la nuit chez Paul avant de partir demain matin pour la ferme. Sa maison est toute neuve, au bord de l’eau, chaleureuse mais aussi pleine de moustiques. On les avait presques oubliés ceux là.

Sur la table, on nous propose du tarot, des fruits secs variés, des avocats, du crabe, du poisson… Bref profusion ! On se régale en discutant de pensée positive, de la métropôle. Les deux fils de Paul sont là également, mais ne tarde pas à aller se coucher : il y a école demain.

On se couche dans la chambre du plus petit, la pluie frappe à la fenêtre. La dépression tropicale doit arriver cette semaine, elle s’annonce musclée ! La nuit sera courte, car on doit se lever vers 6 heures pour rejoindre la maison de Florent.

Au matin, il pleut toujours et encore. On garde le moral puisqu’on va rencontrer l’autre couple à la ferme, et découvrir le lieu où on va passer les semaines à venir !

Durant le trajet, on papote avec Florent. Il vient de Guyane, il est arrivé il y à peine 15 jours, et il a été désigné comme chef de production. Dans son discours, on comprend déjà que tout n’est pas simple à la ferme, et qu’il va y avoir du boulot là bas. Ca tombe bien, on est chaud patate !

La traversée n’est pas si simple : pour rejoindre la ferme, il faut passer une rivière en 4X4. Habituellement, ça a l’air facile, mais avec les pluies, le courant est vraiment fort. On attend que ça se calme pour ne pas prendre le risque de prendre un bain de bon matin. C’est au bord de la rivière qu’on rencontre Thierry, qui arrive lui aussi pour venir au boulot. On a le temps de papoter un peu de la ferme, de notre arrivée hier soir. Et puis on peut enfin traverser.

La ferme s’étend sur environ 10 hectares, mais on comprend rapidement que toute la parcelle n’est pas utilisée et qu’il y a beaucoup d’endroit en friche.

On fait la connaissance d’Olivier et de Justine, un jeune couple qui eux sont du métier. On sait déjà qu’on va bien s’entendre avec eux. Ils ont notre âge, mais eux sont dans la ferme depuis déjà plus d’un mois. Ils ont l’air un peu blasé de certaines choses dans la ferme : organisation, confort de vie très rudimentaire…

Il y a aussi les employés, des locaux aux noms exotiques pour nous parfois (Tere, Kathy, Taniera, Robert, Joel). Ils sont tous très sympas, mais comme beaucoup de locaux, pas forcément très bavards.

On prend nos marques dans la maison des volontaires : Olivier et Justine sont dans la mezzanine en haut, et nous en bas. La pièce à vivre est plutôt cracra, encombrée d’outils et d’objets plus ou moins utiles. On a vu pire, mais on se dit qu’il y aurait facilement des améliorations possible.

Aujourd’hui, c’est lundi, et c’est le jour des récoltes. On se met tout de suite dans le bain, on enfile un kway et des bottes et on fonce dans les champs. C’est agréable de faire quelque chose d’utile et de manuel.

Concombre, tomate, aubergine, chou key, tarot, papaye, banane, salade tokyo, salade minetto, passion, menthe, basilic, citronelle, ananas… Voilà principalement ce que l’on récolte. Après les champs, le lavage des fruits et légumes, en vue d’être mis en sachet, ou en panier pour des particuliers. Une partie de la production part dans les magasins de l’île. Les invendables nous nourissent tous les jours.

Les postes de travail demandent aussi à être améliorer, et il nous faut faire attention à nos postures pour ne pas revenir le dos en compote. On se met au lavage de salade avec Justine, ça laisse le temps pour discuter et apprendre à se connaître.

La pluie ne cesse de tomber mais c’est l’heure de la pose. Officiellement, le travail de bénévole, ce n’est pas plus de 6 heures par jour. On commencera donc vers 7h30 jusqu’à 14h30. Thierry préfère ne pas nous ensevelir sous les informations, et nous laisser prendre nos marques avant de nous expliquer les choses.

On comprend rapidement que malheureusement, ce n’est probablement pas ici qu’on pratiquera beaucoup la permaculture. Par contre, on a beaucoup à apprendre des espèces tropicales, du milieu tropicale aussi.

Par exemple, ici on utilise la bourre de coco pour le paillage des légumes. En ce moment, c’est la saison des pluies, mais on est surpris de constater que la ferme n’a pas de récupérateur : en fait, il utilise l’eau de la rivière attenante. D’ailleurs, cette rivière, c’est la seule rivière navigable de toutes les îles sous le vent.

Les travailleurs prennent le repas avec nous dans notre espace de vie. Parfois ils préfèrent manger de la baguette du beurre et des sardines, parfois ils partagent notre repas. Pierre est content de pouvoir se rendre utile et de pouvoir cuisiner avec des légumes bio. Il y a peu de matériel, mais il a déjà cuisiné dans des conditions plus difficiles dans les autres fermes (Dedetepe au feu de bois !)

Pour quitter la ferme et rejoindre l’unique route de l’île, il nous faut environ 20 minutes à pied. Olivier et Justine qui sont là depuis un moment connaissent des locaux au village, et on déjà fait quelques excursions. On espère pouvoir faire de même si le temps se rétablit. En ce début de semaine, on se contente plutôt de rester là, de discuter ou de jouer à des jeux de cartes. C’est agréable de papoter en Français !

La douche et le toilettes sèches sont plutôt sympa (si tu aimes la mousse et les Bernard Lhermitte)même si prendre sa douche sous la pluie ça reste plutôt froid, même avec 25 degrès environ ! Bref, on se fait à notre quotidien, mais Pierre garde en tête l’autre boulot de volontaire que nous avons refusé.

L’ambiance est bonne au niveau des travailleurs, mais il faut dire que globalement, même si c’est sur le ton de l’humour, on a beaucoup de revendications à faire. Ca atteint notre Pierre et son naturel optimiste, qui perd de sa motivation.

Mais mercredi matin, Thierry décide de donner sa matinée à tout le monde pour que les garçons puissent aller suivre le match de foot. Justine et Elise reste à la ferme pour papoter, faire la lessive et bouquiner. Finalement, il s’avère que le plan match de foot était un peu une expédition : impossible de trouver du stop, les garçons partent donc pour 20 km de vélo. Ils sont plutôt en mauvais état, et Pierre aussi puisqu’il peine à suivre Olivier… Ils arrivent pour voir la deuxième mi temps avec une bière bien mérité !

Après discussion, on décide de prendre notre vendredi pour profiter d’un long week end. Difficile de prévoir des choses, car la météo n’est pas très fiable dans les îles. Mais on essaie d’y croire.

Le jeudi soir, nous partons après notre matinée de travail vers le village pour faire un peu de snorkelling et rencontrer les locaux. On ne va pas être déçus : les gens sont ravis de nous voir, de retrouver Olivier et Justine, et toujours enclin à partager. Dès les premières maisons, on se fait offrir une coco raffraichissante… On part vers la petite plage le ventre bien rempli !

Les enfants nous attendent pour partir nager avec nous. Olivier a offert un « Makse » a Haukiaoli, une petite fille ravie de pouvoir montrer ses prouesses de nageuse débutante ! Il y a moins de poissons et de coraux qu’en Calédonie, mais c’est toujours aussi génial d’être dans l’eau à les observer. L’eau n’est pas très claire ni très chaude avec les dernières journées de pluies, mais ça reste un bon moment. Jean, l’oncle de Haukiaoli (qui a environ une dizaine d’années), part avec sa planche et ramasse quelques jolis coquillages que sa famille pourra vendre.

On est loin de la protection des coraux et des coquillages qu’on pouvait voir dans d’autres pays. En même temps, on sait bien que le revenu premier des gens ici dépend pas mal du tourisme de la mer.

Pierre, qui n’avait pas envie de tremper un orteil, et rester sur la plage à papoter avec les locaux. On est content de voir que même s’il est rester au sec, il a fait une bonne pêche : 4 ou 5 petits poissons pour notre repas de ce soir ! On est ravis, et apprend des remerciements chaleureux, on se met en route vers notre ferme. Mais ça, c’était sans compter la gentillesse et l’hospitalité Tahitienne. On nous interpelle un peu plus loin pour nous demander comment on va manger ce poisson et finalement, on se retrouve à apprendre à casser une noix de coco pour ensuite la raper, et en faire du lait. Justine et Elise se mette au rapage (pas si simple !) pendant que les garçons eux, sont au découpage du poisson. Tout ça devantles yeux de tous les villageois qui se sont ramener pour voir l’animation ! On rit beaucoup, on apprend, on partage. C’est vraiment pour ce genre de moment qu’on voyage. Finalement, on se retrouve à manger dans les maisons de nos hôtes, sans eux du poisson en deux façons. L’un est cru dans le lait de coco et le citron, l’autre frit dans l’huile. Avec ça, du riz, et même du poulet et des petits pois pour ceux que ça tente ! Avec Justine, on a un peu de mal à avaler le poisson cru qui est couper en gros morceaux, mais on se régale du poisson frit. En tout cas, ma Coco, ta recette n’a rien à envier à celle des Tahitiens !

On rentre à la ferme le ventre bien rempli, heureux de ces rencontres.

Vendredi, pas de dodo pour nous ! Réveil à 4h15 pour prendre le Truck, le bus local qui nous emmenera à Uturoa. Après une petite marche dans la gadoue et la nuit, on arrive à la route principale. On attend en regardant le soleil se lever.

L’ambiance dans le Truck, c’est remix de musique à la Tahitienne et 30 km heure. Il ne faut pas être pressé, on met plus d’une heure à rejoindre la ville. Mais c’est l’occasion de regarder le paysage, d’autant que cette journée s’annonce ensoleillée !

Arrivée place du marché, il y a du monde ! Enfin, à l’échelle de l’île on s’entend… Les gens profitent de la wifi gratuite offerte au marché, et on fait comme eux ! Ca fait toujours plaisir d’envoyer et de recevoir quelques nouvelles de nos proches. Mine de rien, ça fait déjà 5 mois qu’on est en vadrouille.

Tous les vendredis, le groupe local fait son show : ukulélé et chemise à fleurs de rigueurs. En compagnie des petites filles fraichement rencontrées, on danse, on chante et on rit.

Au rez de chaussé du marché : fruit et légumes, un peu de poisson. On en profite pour acheter quelques fruits de la passion. A l’étage, il y a tous les souvenirs, bijoux… On découvre de jolies choses, mais pas à des petits prix. Des braccelets avec des branches d’oursins crayons, des coquillages taillés, de la nacre sculptée et bien sûr les fameuses perles de Tahiti.

On a le droit de rêver, mais pas de craquer. On discute pas mal, et Olivier et Justine font leurs achats pour leur famille. Après une tentative de visite à la brasserie locale (qui s’avère finalement être en fait être seulement un entrepot de distribution), on va se boire un verre en terasse : jus de fruits pour les filles, bières pour les garçons. On papote alors avec un couplede Canadien en voyage sur leur voilier et qui partent le lendemain pour Bora bora. On essaie bien de se faire inviter (il y a 4 chambres sur le bateau), mais ça ne fonctionne pas. Dommage !

On se prend un petit sandwich thon avocat qui va bien, et on part ensuite au cybercafé pour faire un petit tour sur internet. On a encore dans l’idée de contacter un autre agriculteur permacole sur l’île pour au moins lui rendre visite. Et comme la connexion du marché est peu fiable…

Il est temps de prendre le Truck retour,dans lequel on rencontre Robert, un des employés de la ferme actuellement en vacances. De l’autre côté de l’île, il pleut… L’endroit où se trouve notre ferme est appelé la pissotière par les locaux et ça veut tout dire !

Les jours se suivent et se ressemblent : pluie, et ambiance pas toujours simple à la ferme. Mine de rien, la météo joue sur le moral, et les soucis à la ferme sont nombreux. Comme c’est une ferme pilote encore jeune, il y a besoin d’ajustement, et c’est bien normal. On est parfois un peu déçus les jours de récolte (lundi et jeudi) de voir que les paniers à livrer aux clients (environ 12) sont un peu vides…

On rencontre un des 4 associés à l’origine de la ferme : ce monsieur n’est pas moins que l’un des détenteurs de la marque Reef, célèbre marque de surf. Milliardaire, il n’en reste pas moins très sympa pour autant. On passe un moment à parler avec lui, car il est originaire d’Argentine, et nous y serons bientôt…

Un nouveau dimanche pluvieux s’annonce. Après avoir passé la matinée en mode repos, on décide de se rendre à l’exploitation de Claude, que nous avions repéré auparavant sur workaway. C’est à PK8.2, soit à 24 kilomètres de chez nous. Ca parait pas le bout du monde non ? On descend jusqu’à la route principal, et on essaie le stop. Mais en vain.

Personne ou presque, et les peu de courageux ne veulent pas nous prendre. Peut être parce qu’on est tout trempé et dégoulinant ? En tout cas, on peut dire que Dieu nous a aidé sur ce coup là : le truck de la messe nous emmène jusqu’à PK17, puis on trouve un gentil monsieur appartenant au témoin de Jéhovah qui nous dépose PK14, on marche un peu, et un infirmier à la retraite nous dépose PK8. Ouf ! Reste à trouver le chemin jusqu’à chez Claude.

C’est là que la tempête commence, et même s’il ne reste que 20 minutes de marche, on arrive trempé. On ne trouve personne dans la maison, et un peu déçus, on discute sur le palier. Et c’est là que l’on rencontre Claude, qui s’était simplement endormi. S’en suit une longue après midi de discussion sur sa vie palpitante : traverser de l’Atlantique, de beaux enfants, des métiers aussi divers que variés (une vingtaine !), ce grand monsieur nous en apprend beaucoup.

On l’interroge également sur l’agriculture sur l’île, et il nous fait visiter son petit jardin. On découvre des fruitiers incconnus comme le Kava, des pamplemousse énorme, mais aussi le Uru qui se mange plutôt comme un légume. On bave devant les avocatiers remplis à craquer, les mangues et les papayes. Bref, malgré la pluie, ça nous fait envie. Claude a aussi une scierie, et c’est bien rare dans ce genre d’îles. Il n’arrête donc jamais de travailler…

Il est déjà tard quand on réaliser qu’on devrait se mettre en route. Claude propose de nous déposer chez Thierry, mais finalement, il n’y a personne : les 4 associés et Florent sont partis au restaurant pour discuter business. Claude nous accueille donc chez lui pour poursuivre nos échanges… Pour sûr, on a envie d’y retourner !

Après une bonne nuit, (malgré les moustiques et le réveil à 5h30), retour à la ferme pour une journée de récolte. La semaine se poursuit comme une routine, avec un peu plus de soleil chaque jour. On apprécie de créer du lien avec notre nouveau binôme et on organise notre dernier week end de trois jours sur l’île. On retourne également faire un Oui au villageois. On se baigne à notre spot habituel, joue avec les enfants… La vie simple mais belle.

Ce soir là, pas de gaz chez nous… On se dit donc que c’est l’occasion de tester les pizzas du coin : 3500 francs (environ 30 euros) pour 2 pizzas et 2 bières… Ca calme l’envie de craquer une deuxième fois… On discute avec un ancien volontaire de la ferme : il a été tout aussi déçu que nous du manque d’échange, des conditions de vie, et des champs plus ou moins gérés… On est malheureusement pas surpris ! Mais peu importe, il ne reste que quelques jours avec le week end

Un commentaire

  1. Ola Élise, t’abuses un peu. Une ferme bio en création et en pleine saison des pluies… Ça fait pas de mimi. De rara? L’ambiance s’est bien améliorée avec le retour du soleil, la permaculture c’est maintenant ! Bon voyage. Florent

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